01/11/2007
Cachons ce corps que l'on ne saurait voir
Sur le forum de Micro-Hebdo , catégorie "détente et débats", quelqu'un a lancé un sujet sur les pets en public.
Le sujet est intéressant, parce que c'est le genre de chose qui est très tabou surtout dans nos sociétés "policées" où le corps se doit de n'avoir une vie que parfaite et montrable. Ca m'a donc inspiré cette note.
On n'a pas le droit d'être moche, gros (ou maigre), d'avoir des manifestations intimes jugées peu ragoutantes (dont le pet fait parti), de sentir la sueur. Même pour aller aux toilettes on se fait discret (discrète). Et ne parlons pas des règles pour les femmes: surtout que ça ne se sache pas, que ça ne se voit pas, que ça ne se sente (?) pas. Les publicités pour les serviettes hygièniques ou les tampons insistent bien: mon produit est parfait parce qu'il est discret (il ne se voit pas), efficace (pas de fuite surtout) et il sent bon (on masque l'odeur -quelle odeur? est-ce donc si puissant l'odeur des règles?).
Cachons ce corps que l'on ne saurait voir.
On ne peut le montrer que s'il est parfait (il n'y a qu'à voir les réactions de certaines personnes lorsque une femme jugée non parfaite a le front de faire du monokini sur la plage), jeune, en bonne santé, musclé pour les hommes, mince pour les femmes et non sujet aux manifestations naturelles.
Pour être ce corps parfait et avoir le droit d'exister, on ne pète pas, on ne pisse pas, on ne chie pas, on n'a pas ses règles, on ne se mouche pas non plus, on ne tousse, pas on n'éternue pas, on n'est ni malade, ni vieux, ni laid. On est jeune, beau et en bonne santé.
Dans le cas contraire, c'est entièrement de NOTRE FAUTE! Si on est malade, c'est qu'on n'a pas vécu sainement. Si on est moche (trop gros ou trop maigre ou trop autre chose), c'est qu'on ne suit pas les préceptes diffusés par la sacro sainte publicité (encore plus depuis les annonces liées à une alimentation et style de vie sain qu'on nous asséne depuis quelques mois). Si on est vieux (et que ça se voit) idem. Vous ne l'avez pas volé! Et paf tant pis pour vous!
10:50 Publié dans De tout et de rien | Lien permanent | Commentaires (7)
29/10/2007
Le club des cinq
Paulo, homme d’une soixantaine d’années, à la retraite. Le verbe haut, pète sec. Une forte personnalité, mais le cœur sur la main. Une femme handicapée, c’est lui qui s’occupe de tout : la maison, la maison de campagne, il part parfois pêcher sur sa barcasse. Un Marseillais pur jus. Il promène une chienne épagneul breton, un peu obèse comme souvent ces chiens quand ils vieillissent.
André, même âge à peu près, retraité aussi, venant de la Guadeloupe. Discret, peu bavard. Une femme adorable. Il promène un coller écossais.
Da Silva (on ne l’appelle pas par son prénom, va savoir pourquoi), à peine plus jeune. Grande gueule et peu d’esprit. Toujours à assener des vérités pas toujours très exactes et donner des conseils pas toujours très bons. Il appelle ma fille « la sauterelle ». Une femme gentille et effacée. Il promène un grand chien noir dont je n’ai jamais su la race.
Thierry, la trentaine. Timide, gentil. Il est le seul à ne tutoyer personne, malgré les demandes réitérées de ses compagnons de « promenade ». Il est affecté d’une femme dépressive et d’un fils difficile. Il promène deux caniches, un vieux gris rhumatisant et une toute jeune chienne crème.
Et puis mon mari, la cinquantaine, promenant notre chienne croisée caniche, gentille, mais aboyeuse. D’ailleurs, parmi ces cinq chiens on n’entend qu’elle.
Puis autour de ce « noyau dur » gravitent d’autres personnes. Un employé de la RTM, au crâne lisse comme un oeuf qui promène un bouledogue français. Un autre, qui a toujours vécu dans le quartier, qui a le même prénom que mon mari et promène une minuscule petite chienne aux pattes fines comme des allumettes.
Et puis le club des cinq prit du plomb dans l’aile.
Le premier à partir ce fut Paulo. Un été il dû rentrer de la campagne pour des douleurs au ventre. En trois mois un cancer des intestins l’emportait.
Puis, la femme de André eut un accident mortel et André préféra rentrer chez lui à la Guadeloupe.
Da Silva dû faire piquer son chien, vieux et malade.
Et mon mari qui avec la maladie déserta d’abord de plus en plus souvent le petit groupe, pour s’en aller lui aussi après trois années de souffrances.
Le club des cinq s’est dissout. Il ne reste plus que Da Silva que je croise rarement et qui me demande des nouvelles de « la sauterelle ». Thierry que je vois de temps en temps quand je sors la chienne. Et celui qui a la toute petite chienne qui me raconte comment était le quartier avant, quand il était enfant.
On ne voit plus le soir ce groupe d’hommes entouré un ballet de chiens qui refaisait le monde pendant une bonne demi heure, trois quart d’heure, après le souper et avant le film du soir.
20:45 Publié dans Je me souviens | Lien permanent | Commentaires (5)


